Au matin, les deux amies se levèrent extrêmement fatiguées. Elles devaient se lever tôt car toutes les deux travaillaient. Marianne était assistante à un producteur de t-shirt de groupe à connaître. Son amie, elle, était gérante dans une boutique de lingerie pour hommes. Ce matin-là, c'est les yeux gonflés de sommeil qu'Emylie se présenta à la boutique. Elle arriva environ une heure à l'avance, comme tous les jours, pour tout nettoyer et organiser la grande vente d'été. Son adjointe, Kendy, arriva quelques minutes après elle.
« Oh là là! On dirait que tu as dormi sur la corde à linge! s'exclama celle-ci en voyant sa supérieure. »
« Tu te souviens que Marianne et moi on allait au garage du Centre Bell? »
« Tu en as parlé toute la semaine! Comment je pourrais l'oublier? »
« Eh bien disons qu'on a eu une bonne surprise. »
« Raconte tout! »
« Alors on est allées pour les Canadiens et après on a attendu pour le Wild... »
« Oui, ça on le sait! Allez, va aux détails! »
Emylie pouffa en regardant le planning. Elle raconta alors les évènements de la veille. À mesure qu'elle parlait, Kendy ouvrait de plus en plus la bouche en riant.
« James Sheppard, ton magnifique James, vous a suivi pour vous offrir des billets! s'écria sa copine. »
« Ben ouais! Mais c'est pas mon James! En tout cas, j'ai très hâte à demain! pouffa Emylie. »
Kendy la bouscula un peu en riant et continua à nettoyer le comptoir des caisses enregistreuses. À 10h, Emylie alla déverrouiller la grille de l'entrée et l'ouvrit. Kendy et elle étaient seules jusqu'à midi, puis une autre fille se joindrait à elles. Les premiers clients arrivèrent un peu plus tard.
De son côté, Marianne était dans un enfer total. Sa boîte lançait une nouvelle collection d'un groupe qui partait en tournée la semaine suivante. Son producteur courait d'un sens et l'autre en hurlant des ordres. Marianne le suivait en prenant autant de notes que possible, passait des dizaines de coups de fils et faisait de son mieux pour ne pas trop penser à la soirée de la veille. Alors que Marty, son patron, prenait une pause, la jeune femme s'assit à côté de lui.
« Alors, ma chérie, comment a été la journée hier? demanda Marty au grand étonnement de son assistante. »
« Heu... bredouilla-t-elle. »
« Allez! Je t'écoute! »
Marianne entreprit de relater sa journée. Marty écoutait en hochant la tête.
« Alors comme ça tu as vu le séduisant Colton Gillies dont tu me parlais tant! »
« Mais voyons, Marty! Vous savez bien ce que je pense de lui! Mais... Vous le trouvez séduisant? s'étonna la jeune femme. »
« Chérie, on dirait que tu oublies toujours mon homosexualité! Et arrête de me vouvoyer! »
« Je crois que je ne m'habituerai jamais à ce détail. Vous... Tu sais, pour moi ça n'a tellement aucune importance. »
« Et c'est pour cela que je t'adore. Écoute-moi bien ma belle. J'ai une proposition à te faire. »
Marianne leva la tête. Elle était soudainement très intéressée par les paroles de Marty.
« Voici ce que j'avais en tête, commença celui-ci. J'aimerais que tu deviennes la directrice de promotion. »
« Quoi?! s'étouffa son assistante. »
« Tu t'occuperas de toute la publicité, les promos, tout! Tu feras les entrevues aussi! »
« C'est sérieux?! »
« Bien sûr princesse! Tu as tellement de talent, je ne peux pas te laisser le gâcher! »
« Wow, c'est vraiment... Je ne sais pas quoi dire! Je... c'est... Wow! »
« Bon, tu commences demain!»
Marianne laissa échapper un petit cri de joie et se précipita dans les bras de Marty qui éclata de rire. Ils se remirent ensuite au travail.
Dans l'après-midi, la boutique se remplit de plus en plus. Emylie ne savait plus trop où donner de la tête. Kendy et elle passaient d'un client à l'autre sans s'arrêter deux secondes. À la caisse, la pauvre commis se démenait comme une folle à servir tout le monde. À sa pause, Emylie alla s'asseoir sur le banc en face de la boutique. Elle était en train de déguster son merveilleux croissant jambon/moutarde quand Kendy sortit en vitesse pour venir lui parler. Elle semblait surexcitée.
« Emylie, il faut que tu viennes! lança-t-elle en arrivant. Tu n'en reviendras pas! »
« Qu'est-ce qui se passe?! »
« Allez viens! »
Kendy tira Emylie par la main et l'entraina à l'intérieur en riant. Elle la guida jusqu'au fond de la boutique. Deux hommes se tenaient devant un étalage et discutaient en rigolant. L'un des deux se retourna. Emylie ouvrit les yeux grands. Devant elle, tenant un caleçon coquin à motif de léopard, se tenait... James Sheppard. Celui-ci ouvrit la bouche aussi avant d'éclater de rire. Il lâcha ce qu'il tenait et s'approcha de la gérante.
« Hey, c'est la petite déguisée! s'exclama-t-il. »
« Heu... Salut! répondit la jeune femme, un peu bredouille. Qu'est-ce que tu fais ici? »
« J'allais te poser la même question! »
« Je travaille ici. Mais tu ne m'as pas répondu! »
Sheppard pouffa nerveusement et ébouriffa Emylie. Celle-ci le repoussa.
« Réponds! »
« Ziddy (Ziddlicky) et moi on avait envie de s'amuser un peu. »
« Je vois... Et c'est comme ça que vous vous occupez? Je sais pas, il y a le bowling, le pool, des trucs du genre! »
« Allons, tu n'es pas contente de me voir? »
« Je n'ai jamais dit ça! »
« Mouais! Dis, quelques gars et moi on aller s'amuser au bar ce soir. Ça vous dit de venir, ta copine d'hier et toi? »
Emylie resta sans voix. Elle promit à Sheppard d'en parler à son amie. Le joueur de hockey lui dit à quel bar ils seraient puis quitta la boutique. La gérante et son assistante se regardèrent puis Emylie lâcha un cri qui fit sursauter les clients présents. Quand elle eut fini sa journée de travail, elle appela sa meilleure amie. Celle-ci sortait justement de la boîte de production. Elle accueillit la nouvelle en riant.
« Tu me niaises! déclara-t-elle avec fou rire après avoir écouté son amie. »
« Pas du tout! répliqua l'autre. Il nous a vraiment invitées! »
« Alors on va y aller! Pas question de rater ça! »
« C'est génial! »
« Même si c'est louche. »
« Qu'est-ce que tu veux dire? »
« Allons, c'est des joueurs de hockey ma grande! Tu dois avoir une idée de ce qu'il veut! »
« J'avoue. Au pire on utilisera notre arme secrète! »
Marianne éclata de rire avant de raccrocher. Elle arriva quelques minutes après son amie. Elles se préparèrent à manger et prirent leur repas devant la télé en écoutant les nouvelles sportives. Elles firent ensuite un peu de ménage avant de se préparer à sortir. Elles s'habillèrent léger sans être offensantes. Marianne portait une mini jupe qui lui arrivait à la mi-cuisse et une camisole turquoise brodée or dans le bas qui laissait entrevoir sa généreuse poitrine. Elle avait remonté ses cheveux en chignon tout en laissant quelques mèches folles pour dégager sa nuque. Emylie, elle, avait choisi un pantalon trois quart plutôt serré et arborait un chandail sans manches à l'effigie de l'un des groupes représentés par la boîte de sa meilleure amie. Elle avait lissé ses cheveux pour les laisser lousses sur ses épaules.
Elles arrivèrent au bar dans les environs de 22h. Une fois à l'intérieur, elles cherchèrent les joueurs des yeux. Marianne les repéra près du mur en face d'elles. Elle les pointa à Emylie qui la prit par la main en s'avançant vers eux. Elles arrivèrent devant les hommes. Sheppard vint les accueillir.
« Vous avez décidé de venir! s'exclama-t-il. C'est super, on va s'amuser! »
« Ça fait drôle de ne pas les voir déguisées! dit Colton Gillies en rejoignant son coéquipier. »
« Oh, vous allez arrêter avec ça? demanda Emylie, découragée. »
« Je ne crois pas, non! répondit le châtain. »
« Je me rends compte, on ne sait pas vos noms! »
« Moi c'est Marianne, elle c'est Emylie! »
« Alors Emylie, on va danser? »
« Il n'y a personne sur la piste! »
« On sera les premiers alors! »
Emylie haussa les épaules et suivit Sheppard. Son amie se mit à rire. Gillies la regarda comme si c'était une extra-terrestre. Marianne alla s'asseoir sur un banc pour regarder l'ambiance qui se réchauffait peu à peu. La jeune femme se commanda à boire, sentant que la soirée serait longue sinon. Emylie s'amusait comme une folle, elle buvait et à minuit, elle était plutôt décollée. Marianne riait d'elle, elle aussi un peu, beaucoup partie. Les deux amies étaient allées danser ensemble. Les joueurs les regardaient en souriant.
« C'est incroyable comment elles s'amusent pour un rien! dit Colton Gillies. »
« Disons qu'elles savent faire la fête! répondit son coéquipier. »
« Tu la trouves comment, Emylie? demanda l'autre, moqueusement. »
« Hein?! »
« Allez! À la façon dont tu la regardes, on voit que tu la trouves de ton goût! »
« Elle est jolie, oui! Mais sans plus! »
« Mais oui... Comme si j'allais te croire! »
Sheppard le poussa un peu avant de caler sa bière. Il en commanda un autre et alla rejoindre les filles. Il dansa avec elles un bon moment, les sentant vraiment d'humeur à s'amuser.
La soirée avançait rapidement et il fût bientôt temps de rentrer car le bar fermait. La petite troupe sortit à l'extérieur. Les filles appelèrent un taxi. Les gars marcheraient vu que leur hôtel était près de l'endroit. Ils attendirent tout de même que le taxi arrive.
« Vous avez passé une belle soirée? demanda Gillies. »
« Superbe! s'écria Marianne. J'ai hâte de recommencer! »
« Votre taxi est là! dit Sheppard. »
Emylie alla donner un bec sur la joue de celui-ci avant de s'engouffrer dans la voiture. Marianne et Gillies éclatèrent de rire. La jeune femme salua les deux coéquipiers et entra elle aussi dans le taxi. Juste avant de fermer la porte, elle lança :
« À demain les gars! »
Gillies et Sheppard se regardèrent.
« Elles sont folles... déclara le brun. »
Au matin, les deux amies se levèrent fatiguées, avec un mal de crâne impossible. Elles étaient très contentes d'être en congé ce jour-là. Elles restèrent tranquilles, profitant du soleil sur leur balcon. Emylie replaça leurs drapeaux du Canadien et du Wild qu'elles avaient accrochés à la rambarde. Le voisin sortit lui aussi.
« Alors les traitresses! dit-il en riant. »
« Salut Bryan! s'exclama Marianne, dans les oreilles de sa pauvre amie qui grinça des dents. »
« Moins fort Mary! demanda-t-elle. »
« Excuse-moi! Et puis, Bryan! Tu vas au match ce soir? »
« Bien sûr! J'ai mes billets de saison moi! »
« C'est vrai, j'oublie toujours! »
« Comme bien des choses! »
« Hein? »
« Non, rien. Bonne journée les filles! »
« Bonne journée! répondirent-elles en ch½ur. »
Emylie alla préparer du café et revint avec deux tasses. Marianne et elle passèrent une partie de la journée à se faire dorer au soleil. Dans l'après-midi, la brune proposa à son amie d'aller à la piscine municipale se rafraîchir. Emylie accepta et une demi-heure plus tard, elles étaient sur le bord de la piscine. Elles passèrent le reste de l'après-midi à s'amuser dans l'eau et à se laisser griller.
Elles revinrent tôt pour arriver à l'avance au Centre Bell. Elles marchaient en direction de l'aréna, à nouveau affublées de leur costume multicolore. Elles s'assirent à leur place et attendirent l'avant-match patiemment. Quand les joueurs entrèrent sur la glace, Sheppard et Gillies regardèrent dans leur direction. Le numéro 51 les salua discrètement alors que son ami s'étouffait avec sa gomme tant il riait.
« Il rit de qui tu crois? demanda Marianne. De nous ou de Sheps? »
« Probablement des deux, répondit l'autre. Mais il faut dire que la situation est propice! »
« J'avoue! Mais on a bien le droit d'encourager nos deux équipes! »
« Mary regarde! »
Emylie pointait l'écran géant. Une caméra était braquée sur elles. Elles la repérèrent et saluèrent vivement en se regardant au tableau indicateur. Elles étaient mortes de rire. Emylie regarda Sheppard. Il n'avait pas remarqué la scène, mais Marc-André Bergeron semblait lui avoir dit en passant près de lui car il regarda dans sa direction. La jeune femme lui sourit et il en fit de même. Marianne semblait concentrée par la contemplation des bannières au plafond.
« Mary il m'a sourit! »
« Tu te rends compte qu'il pourrait y avoir une bannière de plus? dit Marianne qui ne semblait pas avoir entendu son amie. »
« Il m'a sourit Mary! »
« C'est impressionnant pareil, de se dire qu'on assiste à quelque chose d'aussi gros! »
« Mary, je te parle! »
« Hein? Tu m'as parlé? »
« Je te disais que Sheppy m'a sourit! »
« Ah c'est cool! »
L'avant-match se termina peu après. Le match commença finalement, à la grande joie des fans survoltés. La première période ne donna pas grand-chose, on aurait dit un match de saison régulière, sans importance. Elle se termina sans buts. Les filles avaient crié presque sans relâche, à un point tel que les gens autour d'elles se bouchaient les oreilles. Les deux amies riaient comme des folles. Elles s'amusaient vraiment.